dimanche 10 décembre 2017

La puissance des vaincus

4e de couverture: Octobre 1990, Three Rivers (Connecticut). Thomas Birdsey entre dans la bibliothèque municipale et, pour protester contre l'intervention militaire au Koweit, se tranche la main. Il est interné et, pour tenter de le sauver, son jumeau, Dominick, accepte de fouiller dans leur passé d'enfants illégitimes et maltraités, et de relire l'histoire familiale... C'est là, dans les douloureux secrets d'autrefois, qu’il trouvera des réponses à la folie de son frère et exorcisera ses propres démons...

Ma découverte de la plume de Wally Lamb remonte à 10 ans, avec son premier roman Le Chant de Dolores. Cette lecture fut un véritable choc émotionnel (c'est bien simple, c'était la première fois que je pleurais à la fin d'un livre). 
C'est ainsi que j'ai eu envie de lire ses autres livres (qui sont tous dans ma PAL). 
Dix ans plus tard, voilà que je termine La Puissance des vaincus, son 2e roman, dans un état bien différent. 
Je n'ai pas ressenti les même émotions qu'avec son premier roman. Dominick me laissera un souvenir bien différent quecelui que  Dolorès me laissa. J'ai aimé Dolores, dans ses moindres détails, mais Dominick m'aura fait passer de la compassion à la colère. Il faut dire que Dominick (le frère jumeau de Thomas, qui est le narrateur de l'histoire) est coléreux et arrogant au possible parfois, ce qui le rend difficile à aimer. J'ai préféré son frère Thomas, sa fragilité, sa douceur. J'ai été plus en empathie avec le frère le moins présent de l'histoire. 

Je crois que j'ai été frustré d'avoir mis 15 jours pour lire ce livre (cela ne m'est pas beaucoup arrivé cette année de rester aussi longtemps avec un livre), et surtout dans mon état (j'ai eu un gros rhume qui me fatiguait vite et qui m'a empêché d'entrer plus facilement dans ce livre). 
Pour tout vous dire, j'ai lu les 200 premières pages en un dimanche, puis les 200 suivantes en une semaine (pour vous dire que j'ai eu peu de temps). La puissance des vaincus n'est pas un livre facile d'accès: l'auteur, par l'intermédiaire de son narrateur, Dominick, va faire des sauts dans le temps, parfois dans le même chapitre, passant du présent au passé, au gré des souvenirs de Dominick, qui essaie d'aider son frère à sortir de l'hôpital psychiatrique où on l'a enfermé après s'être mutilé la main. Et c'est en essayant de comprendre leur passé commun que Dominick doit trouver la solution. 

C'est un roman foisonnant,  qui parle de secrets familiaux, de loi du silence (les descendant de Thomas et Dominick sont italiens), de recherche de soi, de la gémellité et du questionnement de Dominick sur sa ressemblance avec Thomas (pourquoi son frère est devenu schizophrène et pas lui). Tout ça est intéressant et les passages passé/présent ne me gênaient pas outre mesure. Sauf que plus le temps passait, plus mon intérêt pour le livre s'est émoussé. 
Je crois que l'auteur a voulu trop en raconter et à délayé son propos au maximum du maximum, quitte à en faire trop. Je n'ai pas trouvé que l'histoire du grand-père des jumeaux était indispensable, surtout que ce personnage était antipathique au possible, et son histoire, de légendes, de sorcières, étaient un peu tiré par les cheveux parfois. Les chapitres concernant le manuscrit de Domenico Tempesta, sont ceux que j'ai trouvé le plus pénible à lire,surtout qu'elle arrive après plus de 600 pages et que j'étais déjà bien assez perdu avec l'histoire de Dominick. 
Pourtant, l'auteur va aller jusqu'au bout de l'histoire et donnera une conclusion à tous ses personnages. Je n'ai donc eu aucune frustration à la fin du livre, qui m'a donné toutes les réponses voulues. Mais je suis arrivé au bout du livre, comme en apnée. J'ai retrouvé mon souffle en tournant la dernière page de ce roman, en soupirant et en me disant  qu'il fut long à lire. 

Au final, un roman américain de grande envergure qui a peut être voulu en faire trop. J'ai aimé certains pans de cette histoire (l'enfance malheureuse des jumeaux, Thomas, la relation amour-haine des deux frères, les questionnements de Dominick sur son passé), mais j'ai aussi détesté le comportement de Dominick parfois, l'histoire de son grand-père, que j'ai trouvé trop longue, pour un personnage aussi antipathique. Peut être aurai je dû le lire à un autre moment (lors de vacances par exemple) pour pouvoir l'apprécier plus. En fait, j'ai aimé ma lecture à un certain moment mais la lassitude m'a gagné et mon envie de savoir le fin mot de cette histoire s'émoussait. C'est dommage, car j'aurai tellement aimé qu'il me procure autant d'émotion que Le Chant de Dolorès. C'est pour ma part, un acte manqué. 

Wally Lamb: La puissance des vaincus, (I know this much is true), Le Livre de Poche, 979 pages, 2000


Slow Qui Tue #342: Je te promets

Le slow qui tue de la semaine rend hommage à un immense chanteur populaire.

Johnny Hallyday: Je te promets



Au revoir Johnny.


mercredi 6 décembre 2017

La Discothèque du 20e siècle #246

En 1979, la grande Donna Summer nous offrait un titre très chaud qui allait connaître une deuxième vie dans les années 90 grâce à un film drôle et tout aussi Hot.

Donna Summer: Hot Stuff (1979)


Après On the radio, voici l'un des 5 -oui oui 5- énormes tubes de la reine disco en 1979 avec Heaven Knows, Bad Girls (n°1 mondial),Dim all the lights et No more tears (enough is enough), son duo avec la diva Barbra Streisand. On a pu redécouvrir ce titre, il y a [20] ans, grâce au succès phénoménal du film anglais The Full Monty, dans lequel une bande de copains chômeurs jouaient les apprentis Chippendales au son de ce Hot Stuff décidément très chaud! (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1979", Polygram Direct)

Bonne écoute!



dimanche 3 décembre 2017

Slow Qui Tue #341: Succès de larmes

Le slow qui tue de la semaine nous donne les clefs pour faire un succès de larmes.

L'Affaire Louis'Trio: Succès de larmes



Bonne écoute!


mercredi 29 novembre 2017

La Discothèque du 20e siècle #245

En 1978, le groupe Blondie débarque avec un nouveau tube.

Blondie: Heart of  Glass (1978)


Nous avons eu droit en 1999 à la reformation de Blondie, avec Déborah Harry, splendide sex-symbole de la fin des années 70 et du début des années 80. Après s'être imposé comme une sorte de condensé parfait de la pop new-yorkaise (les tubes Denis et Presence Dear en 1976-77) le groupe vire sa cuti disco fin 1978 avec l'album Parrallel Lines- le plus vendu de sa carrière-et le fabuleux Heart of glass qui n'a pas pris une ride. (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle : 1978", Polygram Direct)

Bonne écoute!


dimanche 26 novembre 2017

Slow Qui Tue #340: I believe I can fly

Le slow qui tue de la semaine croit qu'il peut voler.

R. Kelly: I believe I can fly



Bonne écoute!


samedi 25 novembre 2017

Il était un piano noir...

4e de couverture: Plus jamais je ne rentrerai sur scène.
Je ne chanterai jamais plus.
Un soir de 1993, au Châtelet, mon cœur, trop lourd de tant d'émotion, a brusquement battu trop vite et trop fort, et, durant l'interminable espace de quelques secondes où personne, j'en suis sûre, ne s'est aperçu de rien, mon corps a refusé d'obéir à un cerveau qui, d'ailleurs, ne commandait plus rien.
J'ai gardé, rivée en moi, cette panique fulgurante pendant laquelle je suis restée figée, affolée, perdue.
J'ai dû interrompre le spectacle pendant quelque temps, puis définitivement...
Durant deux ans, j'ai fait le deuil d'une partie de ma vie qui venait brusquement se terminer.
Ecrire, aujourd'hui, est un moyen de continuer le dialogue.


Il y a encore quelques années, jamais je ne me serais penché sur ce livre. Mais voilà que ses chansons entre dans ma vie il y a deux ans et tout change.  Puis, je l'ai trouvé en brocante, l'année dernière et là, ce fut comme une évidence. Il fallait que je le lise pour pouvoir entendre la voix de Barbara, me raconter son histoire. 

Alors, il est clair que c'est frustrant de se plonger dans ce livre, en sachant dès le départ qu'il est une ébauche de ses mémoires. (Une préface de l'éditeur nous dit même qu'ils se sont souvent posé la question de la publication ou non de ces mémoires interrompues). Car Barbara entrepris d'écrire ses mémoires en avril 1997, en les travaillant, retravaillant afin de rendre le travail final un an plus tard, en 1998...mais le destin en décide autrement puisque la Dame Brune disparut le 24 novembre 1997, laissant ce récit inachevé. 

C'est ainsi qu'on lit ce livre en tout état de cause, en sachant qu'on n'aura qu'une petite partie de son histoire. 
Cette histoire qui débute le 9 juin 1930, à Paris, près du square des Batignolles. Ainsi, Barbara nous parle de son enfance au sein d'une famille juive, qui va traverser la guerre, en allant de maison en maison mais jamais inquiétée par les allemands. C'est d'ailleurs étrange de lire ceci...comme si la vie avait jeté un voile sur cette famille en taisant sa judéité. Elle nous parle de sa mère adorée, de son frère Jean, très fort à l'école et sur qui tous les espoirs sont fondés, laissant à Barbara un sentiment d'échec permanent à l'école (heureusement sa passion pour la musique, qui ne se démentira jamais va la porter très loin), puis sa soeur Régine et enfin Claude, le petit dernier, né pendant la guerre. Et enfin, son père, ce père qui lui fait peur, parce qu'il a un comportement bizarre envers elle (le mot "inceste" n'est jamais évoqué dans ses mémoires, il est juste dit à mots couverts). 
Barbara évoque son apprentissage du piano au Conservatoire, avec un programme classique, ses débuts dans l'opérette "Violette Impériales", son départ pour Bruxelles où elle vivra chez un oncle violent de chez qui elle partira, puis son errance dans Bruxelles, sa dérive vers la prostitution dans laquelle elle ne tombera finalement pas: ses débuts de chanteuse dans des bars à Bruxelles, puis son retour à Paris sur un coup de tête, sans bagages, ni argent, pris en stop par un certain "Monsieur Victor", tatoué jusqu'au cou et à qui elle rendra hommage dans une de ses chansons justement intitulée Monsieur Victor
Puis son retour à Paris, son arrivée à L'Ecluse, le début de sa carrière: tout ceci est évoqué avec justesse et avec une langue qui parle à notre oreille. Par moment, vous avez l'impression d'entendre Barbara parler à votre oreille quand vous la lisez. 

Et ce récit se termine brutalement après les fameux concerts donnés en Allemagne en 1964, qui donnera naissance à la chanson Göttingen

La deuxième partie de ces mémoires sont fait de fragments, d'ébauches de textes où Barbara évoquait certaines rencontres avec certains hommes qui traversèrent sa vie, comme Lucien Morisse, qu'elle rencontra à Europe1, où bien Gérard Depardieu avec qui elle partagea la scène dans le spectacle Lily Passion (un texte magnifique, plein de tendresse pour ce "petit frère" avec qui elle restera proche jusqu'à la fin (et qui lui a rendu hommage dans un album magnifique en cette année 2017, anniversaire de la disparition de la chanteuse)). Puis son expérience de la scène où elle nous parle des coulisses...

Tout ceci est passionnant à lire, mais aussi frustrant car on sent que ce ne sont que des ébauches et qu'on aurait pu avoir plus. Elle n'a pas eu le temps d'évoquer les séjours en prison qu'elles fit pour donner quelques concerts, mais surtout pour parler du Sida aux détenus, parler de la maladie, la solitude...mais le temps lui a manqué pour aller au bout de ce livre. 
Alors, j'ai été ravi tout de même d'avoir retrouvé sa voix, frustré un peu d'en avoir si peu, mais aussi soulagé de voir qu'en lisant sa vie, j'en connaissais déjà beaucoup par l'intermédiaire de ses chansons. Car Barbara nous parlait d'elle dans ses chansons et si on veut savoir qui elle était, il suffit de l'écouter encore et toujours. 

Au final, ravi d'avoir lu les mémoires de cette grande dame, et même si une certaine frustration est venue, je me dis qu'il suffit juste d'écouter encore et toujours ses chansons pour savoir qui était Barbara, cette femme qui n'a vécue que pour son public. Un Public qui a fait de  cette femme nomade, une femme heureuse. 



Barbara: Il était un piano noir..., Fayard, 230 pages, 1998


Le Kabaret fête ses 8 ans


Non, vous ne rêvez pas, le Kabaret fête bien ses 8 ans cette année (avec un jour de retard, puisqu'il est né le 24 novembre 2009,mais je ne voulais pas publier mon billet  le même jour que l'hommage à Barbara)!
Je sais, que j'ai oublié de fêter ses 7 ans, l'année dernière (je me suis souvenu de son anniversaire bien trop tard et puis, le cap des 7 ans, me faisait peur, donc ce fut un "oubli calculé" pour une simple histoire de superstition).

Une peur bien irrationnelle puisque le Kabaret est toujours là pour son 8e anniversaire et qu'il reste  ouvert pour une année encore. Je m'étonne toujours de sa longévité. Je ne pensais pas que je prendrais encore plaisir à tenir ce blog tout ce temps. Donner envie de lire et parler de mes lectures de cette manière me plait toujours et me permet d'avoir un esprit curieux et toujours ouvert.

Merci encore de me suivre, lecteurs/trices assidu(e)s ou simples voyageurs de passage qui s'arrêtent un  moment en ouvrant la porte de ce petit Kabaret.

L'aventure continue!


vendredi 24 novembre 2017

En hommage à la grande Dame Brune



Le 24 novembre 1997, une grande dame de la chanson française nous quittait.
Déjà 20 ans que Barbara n'est plus là mais ses chansons (qui la racontait de façon si belle) continuent à nous bouleverser.

Il m'a fallu du temps pour aimer les chansons de Barbara et pour entrer dans son univers. Bien sûr, je connaissais certaines de ses chansons, comme "L'aigle noir", "Dis quand reviendras tu?", "Gottingen", mais je n'aimais pas la voix de Barbara.
En fait, je pense qu'à 20 ans, je n'avais pas encore les clefs pour entrer dans son univers et le bagage assez lourd de souvenirs pour comprendre cette voix et cette femme.

Il y a seulement deux ans que j'écoute Barbara assidûment et que je commence à comprendre ses chansons. Sa voix, que je n'aimais pas, m'émeut à chaque écoute, mais je pense, qu'à l'approche de la quarantaine, je suis assez mûr pour pouvoir entrer dans son univers et surtout, avoir le courage d'interpréter ses chansons.

Le déclic est arrivé à l'écoute de la chanson "Mon enfance" (première chanson que j'ai osé interpréter en public après plus d'une année de travail, pour trouver le ton juste: les chansons de Barbara ne se chantent pas, elles doivent se vivre. Il faut donc comprendre ce qu'elle disent, se les approprier en les mélangeant avec nos propres souvenirs, afin de les interpréter au plus juste).


Depuis cette découverte, j'ai compris que Barbara ferait à présent parti de ma vie et ses chansons m'accompagneront longtemps. Celles connues de tous comme


Dis quand reviendras tu?

et d'autres plus confidentielles: 


Plus rien

20 ans après, Barbara reste l'une des grandes étoiles de la chanson française qui brillent au firmament, pour l'éternité. 


La Symphonie du hasard (Livre 1)

4e de couverture: Toutes les familles sont des sociétés secrètes. Des royaumes d'intrigues et de guerres intestines, gouvernés par leurs propres lois, leurs propres normes, leurs limites et leurs frontières, à l'extérieur desquelles toutes ces règles paraissent souvent insensées.
Comme chaque semaine, Alice Burns, éditrice new-yorkaise, s'apprête à rendre visite à son jeune frère Adam. Jadis jeune loup de Wall Street en pleine ascension, ce dernier croupit désormais en prison.
Mais cette rencontre hebdomadaire va prendre un tour inattendu. Bien décidé à soulager sa conscience, Adam révèle un secret qui pourrait bien venir rompre les derniers liens qui unissent encore leur famille.

Et Alice de replonger dans l'histoire des siens, celle d'un clan à l'image de l'Amérique : volontaire, ambitieux, assoiffé de réussite, souvent attaqué, blessé parfois, en butte à ses propres démons, mais inlassablement en quête de rachat...

Avec La Symphonie du hasard, Douglas Kennedy revient pour nous offrir une fresque monumentale sur l'histoire Américaine des Sixties - Seventies à travers une famille de la classe moyenne.
 Pour ma part, c'est la première fois que je lisais cet auteur qui a un lectorat important et fidèle. Pourtant, j'ai un livre qui dort dans ma PAL depuis une dizaine d'années, mais la grosseur du livre m'a toujours incité à ne pas sauter le pas...et je me demande pourquoi je ne l'ai pas découvert plus tôt, car La Symphonie du hasard m'a enthousiasmé dès les premières pages.
Dans ce roman fleuve (puisque celui ci n'est que le premier livre, qui en contera trois au final), on suit Alice Burns, édititrice à New York, qui décide de rendre visite à Adam son frère emprisonné, qui va lui révéler un secret qu'il gardait depuis des années et qui concerne l'accident de voiture qu'il vécut adolescent.
Cette révélation va être le point de départ des souvenirs d'Alice, qu'elle va livrer au lecteur.
Ses souvenirs débutent lors de sa dernière année de lycée où elle voit sa meilleure amie Carly subir le harcèlement de ses camarades du lycée, jusqu'à la disparition soudaine de cette dernière. Pour se continuer lors de sa première année à l'université de Bowdoin.
Ce roman fait partie pour moi de cette tradition du roman d'apprentissage par excellence, car on voit l'évolution d'Alice dans cete amérique des années 70 en plein bouleversement (entre la Guerre du Vietnam et la révolution du Chili par le général Pinochet qui voit la chute du Président Allende, le mouvement hippie, l'ombre de l'affaire du Watergate qui pointe le bout de son nez, c'est une époque tragique pour l'amérique) et qui va se révéler à elle même, en vivant plusieurs drames (entre la disparition de Carly, sa meilleure amie, son amitié avec l'un de ses professeurs Mr Hancock, qui se révèlera bien plus perturbé qu'il ne le laissait voir,son histoire d'amour avec Bob, un sportif à l'intellect appuyé qui le fait sortir du lot), Alice va vivre tout ça et bien plus encore.
Mais ce roman est aussi le roman d'une famille américiane moyenne qui n'arrive pas à se parler et qui garde bien des secrets: tout d'abord, son père, un homme d'affaires qui gère une mine à Santiago, au Chili, irlandais conservateur qui vote Nixon, un peu raciste sur les bords (même s'il s'en défend), et sa mère, juive, protectrice avec ses enfants, et surtout Adam et Peter, mais en conflit perpétuel avec Alice, qu'elle rabaisse souvent, ce qui explique le manque de confiance de l'adolescente. Ensuite, ses deux frères: Peter, l’aîné, élève studieux qui poursuit ses études à Yale Divinity, loin de la famille, démocrate et se battant pour les causes qu'il croit juste comme lutter contre la ségrégation raciale ou contre la guerre au Vietnam. Alice coupera les ponts avec lui après un événement le concernant qui va traumatiser la jeune fille. Puis Adam, joueur de hockey, qui poursuit ses études grâce au sport qu'il pratique et non pour ses compétences intellectuelles. L'accident de voiture auquel il survit, va changer sa vie. Il arrêtera ses études et partira travailler pour son père, à Santiago. Alice aura alors peu de rapport avec lui.
 Ce n'est que le début de cette fresque et elle est déjà foisonnante. Ce premier livre se focalise sur Alice, ce qui est normal puisqu'elle en est la narratrice, et sur sa première année d'université. On est en  plein coeur des années 70 (en 1972 pour être précis): le mouvement hippie, la guerre du Vietnam qui sévit encore, l'élection présidentielle où Nixon se représente, la révolution au Chili, tout ça est évoqué dans le roman et c'est en partie pour ça que j'ai adoré ce livre que j'ai lu très rapidement, tellement le style de Douglas Kennedy est fluide et addictif. J'aime les Etats Unis et en particulier les Sixties et les Seventies, et j'ai eu tout ça dans ce roman.
Alors, certes, j'ai été frustré par certaines choses comme le fait qu'Adam, qui est pourtant le déclencheur du roman avec, au début du livre,  la révélation du secret le concernant, ne soit pas si présent dans le roman car il part vite au Chili...mais c'est le propre d'un roman écrit à la première personne du singulier, nous n'avons qu'un seul point de vue: celui de la narratrice, Alice. Ce qui fait que toute la vie d'Adam au Chili reste un mystère, pour Alice qui a peu de nouvelles de son frère, et à contrario, pour le lecteur. Cela ménage un certain suspense et surtout cela nous explique qu'Adam et cette famille qui ne se parlait pas, soit un mystère pour Alice. L'autre frustration vient du fait que plusieurs questions restent en suspens à la fin, concernant Peter, Adam où Alice (même si pour elle, on sait qu'elle débute un nouveau chapitre de sa vie, ailleurs), Pourtant le récit est maîtrisé car tout ce qui concerne Bowdoin et les protagonistes qu'Alice rencontre lors de sa première année comme Bob, son petit ami, Howie, un ami homosexuel harcelé pour sa différence,, Mr Hancock, son professeur d'histoire ou Carlson, autre professeur avec qui elle aura des différends et bien d'autres que je vous laisse découvrir: tous ceux ci voient leurs intrigues se conclurent à la fin de ce premier livre (même s'il n'est pas insensé de se dire qu'Alice (et le lecteur, par l'intermédiaire de la jeune femme), puisse les recroiser dans les prochains tomes. Et c'est là où la frustration est un peu atténuée: de savoir que dans les prochains mois, je pourrais retrouver Alice et l'histoire de sa famille, qui se confond avec celle de l'Amérique et même au delà. Mais je n'en dis pas plus.
 Au final, un roman d'apprentissage comme je les aime, qui, par l'intermédiaire d'une famille moyenne, raconte l'histoire de l'Amérique des années 70 (encore meurtri par la 2nde guerre mondiale et vivant un conflit tout aussi troublant et meurtrier au Vietnam), où les contestations étaient légions et où les gens voulaient construire un monde de Paix et d'Amour, mais où la violence trouva aussi sa place, faisant de ce rêve une éternelle utopie. Un premier livre, qui nous ouvre les portes d'un campus américain, avec ses joies, ses peines, ses victoires et ses injustices. Un roman qui comblera les fans de Douglas Kennedy, mais aussi pour ceux que l'Amérique des années 70 fascinent. Un roman foisonnant où les larmes ne sont pas loin, où le suspense est toujours présent et maintenu et qui nous laisse un sentiment de frustration. Mais c'est le propre d'un premier tome. Alors vivement Mars 2018, avec la sortie du Livre 2 qui nous emmènera vers d'autres contrées, en compagnie d'Alice.

Merci aux Editions Belfond pour la découverte de cet auteur et de cette histoire américaine qui me fascine encore et toujours. 

Douglas Kennedy: La Symphonie du hasard Livre 1, (The great Wide Open), Belfond, 363 pages, 2017



mercredi 22 novembre 2017

La Discothèque du 20e siècle #244

En 1978, le groupe Toto s'offrait un nouveau tube.

Toto: Hold the line (1978)



Après Africa, voici le tube international qui fit connaître en 1978, ces six musiciens parmi les plus réputés de la côte Ouest des Etats Unis, parmi  lesquels les frères Steve et Jeff Porcaro, respectivement claviériste et batteur, le clavériste David Paich , le guitariste virtuose Steve Lukater et le chanteur Bobby "Toto"  Kimball dont le surnom, inspiré d'un personnage du Magicien d'Oz-en l'occurence le chien de Judy Garland!- donna son nom à la formation. (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1978", Polygram Direct)

Bonne écoute!


dimanche 19 novembre 2017

Une vie exemplaire

4e de couverture: Jeune cardiologue éminent, père de deux adorables petites filles, le docteur Jeremy Balint est un homme qui a réussi sa vie. D’autres que lui, apprenant que leur femme dévouée les trompe depuis des années avec un collègue, se laisseraient emporter par la rage.
Pas Jeremy Balint.
Jeremy Balint va prendre son temps, car Jeremy Balint est un sociopathe. Avec méthode et patience, il va organiser l’élimination de son rival.
Et ce n’est que le début.
De nombreux romans mettent en scène des psychopathes, mais jamais un écrivain n’était parvenu à nous plonger avec autant d’acuité dans les arcanes de leur esprit. Jeremy Balint ne nous cache rien. Ne nous épargne rien. Il ne voit tout simplement pas le mal comme nous.


Les tueurs en série fascinent depuis plusieurs décennies maintenant (de Jack L'éventreur, à Landru, en passant par Manson). 
Ils ont souvent été aussi des personnages principaux dans des romans ,films ou série (d'Hannibal Lecter, en passant par Dexter ou le Zodiac). 

Une vie exemplaire fait partie de cette catégorie là. Jacob M. Appel s'est mis dans la tête de son héros, Jérémy Balint, un médecin bien sous tous rapports, qui décide de tuer pour cacher son véritable dessein: supprimer l'amant de sa femme, en faisant passer cela pour l'acte d'un serial killer. Il devient alors l'Etrangleur à l'Emeraude et le lecteur va le suivre dans sa quête morbide, sans pouvoir rien y faire. 

Alors, l'idée est louable et aurait pu être captivante: à l'image de Dexter ou de Patrick Bateman (le "héros" d'American Psycho), suivre Jérémy Balint dans sa folie meurtrière aurait pu être fascinante. Sauf que pas du tout. Je n'ai pas été embarqué plus que ça dans ce roman, qui se lit bien et que j'ai eu tout de même envie de lire jusqu'au bout pour voir comment ce parcours allait se terminer, mais, je sais pas, il m'a manqué quelque chose pour totalement y adhérer. 

En fait, je n'ai ressenti aucune empathie pour les personnages: que ce soit Amanda, sa femme, Warren Sugarman, le collègue de Jérémy et accessoirement l"amant de sa femme, Amanda ou bien Jérémy, je n'ai rien ressenti. 
En fait, il manque le côté psychologique du personnage principal: sa pulsion meurtrière se réveille au moment où il apprend que sa femme Amanda, le trompe avec Sugarman. Il décide alors de le supprimer, mais pour éviter de se faire prendre, il met au point son plan machiavélique: supprimer des inconnus afin que les flics se lance sur la piste d'un tueur en série: "l'Etrangleur à L'Emeraude" (du fait qu'il attache un ruban vert sur ces victimes) pour ensuite supprimer son rival en orientant les soupçons sur le tueur en série (tueur en série qui n'est autre que lui. Je ne dévoile rien: on le sait puisque on suit Jérémy Balint dans sa folie). 
Sauf que je n'ai pas compris comment ses pulsions de meurtre sont arrivées: alors peut être que l'auteur a voulu démontrer que chacun était capable de tuer sur une pulsion et devenir un meurtrier en puissance, mais souvent ces choses là sont expliqué par le passé du futur tueur: comme pour Dexter, où l'on apprend qu'il tuait des animaux depuis tout jeune et que, son père, s'en rendant compte à fait en sorte qu'il contrôle ses pulsions meurtrières. Et c'est ainsi que Dexter élimine toujours des salauds ou des meurtriers qui n'ont pas été condamnés par la justice). Là, Jérémy tue pour tuer. Point. En tout cas, je l'ai ressenti comme cela. 

En plus, j'ai trouvé le personnage antipathique, imbu de lui même et arrogant. Rien pour me le rendre sympathique. 
De plus, le petit twist final me laisse carrément de marbre: cette fin ouverte ne me frustre pas du tout. Comme si je ne m'intéressais pas au devenir de ce personnage antipathique. 

Au final, un roman qui m'a laissé de marbre: il se lit rapidement, il est vrai, mais je n'ai rien ressenti durant ma lecture: ni empathie, ni fascination et ni frustration devant la fin. J'en ressors passablement déçu. 

Merci aux  Editions La Martinière pour cette découverte...qui a fait pschitt, en ce qui me concerne. 

Jacob M.Appel: Une vie exemplaire (The Mask of Sanity), Editions La Martinière, 286 pages, 2017


Slow Qui Tue #339: Mrs Jones

Le slow qui tue de la semaine adresse un mot à une certaine Mrs Jones.

Hélène Ségara: Mrs Jones



Bonne écoute!


vendredi 17 novembre 2017

Pure laine pur coton

4e de couverture: Une aventure colorée et trépidante de deux frères de nationalité française, arrivés au Québec à la fin de la décennie 1920. Ils y prendront racine, y trouveront épouses et y passeront leur vie. Une vie pleine de soubresauts intéressants et inattendus, qui apporteront le succès au premier et mériteront la pendaison au second. 

Pure Laine Pur Coton fait partie de ces grandes sagas qui vous racontent la vie de leurs personnages, et le pays où ils habitent, sur plusieurs générations. 
C'est généralement le genre de saga que j'aime lire et encore plus à cette période de l'année. Déjà, l'année dernière, cette saga m'avait fait de l'oeil, depuis ma bibliothèque, mais ce n'est que cette année que j'ai sauté le pas. 
En ouvrant ce livre, j'ai remarqué qu'il avait appartenu à ma grand-mère (cette dernière, prêtant beaucoup ses livres notait son nom sur la 2e de couverture) , qui l'avait donné à ma mère, qui me l'a donné par la suite. J'aime l'idée que les livres se transmettent de génération en génération. 

Comme je vous le disais (avant que je dérive de mon propos,comme souvent), ce genre de sagas m'attire et j'aime les lire. Celle ci n'a pas fait exception. Marthe Gagnon Thibaudeau sait mener son histoire jusqu'au bout, avec ce qu'il faut de rebondissements pour nous tenir en haleine. le petit plus ici, c'est la langue si particulière du québécois qui a chanté à mon oreille, des termes employé là bas, mais que l'auteur prend le soin d'expliquer, ce qui est fort agréable. 
J'ai été embarqué de suite dans cette histoire, qui se compose de trois parties bien distincte. 
La première, qui voit l'arrivée des deux frères Gagnon, Louis-Philippe et Jean-Baptiste, au Québec dans les années 20, en plein automne et qui vont vivre un hiver des plus rude, dans leur petite cabane construite de leurs mains. 
Cette première partie va se concentrer sur la chute de Louis-Philippe, le frère aîné, qui va faire un mauvais mariage et qui va provoquer le drame qui le conduira à la mort par pendaison (la mort de Louis Philippe n'est pas une révélation en soit puisqu'elle arrive très vite, dans les 30 premières pages), mais surtout sur l'ascension de Jean-Baptiste, qui, après le premier hiver, partira sur les Chantiers dans les bois, pour ramener de l'argent. Il va alors progressivement monter les échelons, apprendre l'anglais, qui prend de plus en plus d'importance, et devenir un homme riche. 
En parallèle, on suivra Imelda et Théodore, les parents de Marie-Reine, qui s'occupe de leur ferme familiale à Montréal (qui, dans les années 30, n'est pas encore la ville que nous connaissons). 
Cette partie est âpre et dure, mais elle nous captive par la découverte de ces terres étrangères (on se retrouve un peu comme Jean-Baptiste, qui découvre son nouveau pays). C'est passionnant, captivant, et l'aventure est quasiment à chaque page. 

La 2e partie se passera plusieurs années après le mariage de Jean-Baptiste: ses filles sont grandes et cette partie s'ouvre sur le retour d'Yvonne, l'aînée des filles de Jean-Baptiste, du couvent. L'histoire va alors prendre l'aspect d'une chronique familiale. On rentre dans le quotidien de la famille Gagnon, entre petites querelles, réunions de famille:fini l'aventure, et l'histoire prend alors le temps de s'égrener et de nous parler des partie de chasse, des naissances, des morts, et des petits chamboulements du quotidien. Le rythme devient plus lent, mais pas moins captivant pour autant, et cela est dû au style toujours chantant et charmant de l'auteure. Ce fut une véritable partie de plaisir à lire, car l'auteur n'en oublie pas pour autant de ménager quelques petites aventures et surtout à Yvonne, l'aînée, irascible et froide, qui va tomber amoureuse d'un "pasteur", un certain Mathias. 

Cette histoire d'amour entre Yvonne et Mathias, va être le catalyseur qui annoncera la 3e partie. Une partie riche en révélations (comme toute bonne saga doit en avoir) et qui fera le lien entre les 2 premières parties. C'est captivant jusqu'au bout et je ne me suis pas ennuyé une minute. Et ce, même si les révélations ne sont pas nouvelles dans ce genre d'histoires, elle m'ont quand même surprise. Ce qui veut bien dire que l'auteure à eu le don de me captiver. 

Au final, une saga familiale québécoise qui m'a plu de bout en bout, qui fait la part belle aux sentiments et à l'aventure, sans oublier de nous parler de la vie du Québec des années 20 jusqu'aux années 70-80. j'ai aimé partir à la découverte de la vie de Jean-Baptiste à travers les paysages merveilleux du Québec. 
L'auteure a donné une suite à ce livre, qui s'intitule "Le Mouton noir de la famille". Je ne sais pas encore si je le lirai (il n'est pas en ma possession) car je trouve que ce tome là se suffit à lui-même et à une conclusion qui me convient. 
Une saga québécoise que je vous encourage à découvrir. 

Livre que j'ai lu dans le cadre du challenge "Québec en Novembre" organisé par Karine et Yueyin 


Marthe Gagnon-Thibaudeau: Pure laine, pur coton, Succès du Livre, 524 pages, 1988



mercredi 15 novembre 2017

La Discothèque du 20e siècle #243

En 1976, un générique de série allait raviver la nostalgie des happy days des sixties.

Pratt & MacClain: Happy Days (1976)


Pour être complet, il faudrait dire "Truett Pratt et Jerry Mclain avec le groupe Brother Love". Mais ce qui importe après tout, c'est qu'il nous chantent l'irrésistible générique de la série télé "Les jours heureux" avec Henry Winckler dans le rôle de Fonzie ("on se calme!") et le mignon Ron Howard, devenu depuis un réalisateur hollywoodien de tout premier plan (Appolo XIII, [Un homme d'exception]...etc) (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1976", Polygram Direct)

Bonne écoute!


dimanche 12 novembre 2017

La Ville sans juifs (Belfond Vintage Saison 5, Volume 28)

4e de couverture: En 1922, Hugo Bettauer, journaliste, romancier, grand provocateur, imagine une étonnante satire politique. Alors que Vienne traverse une grave crise économique et sociale, les autorités arrivent à une conclusion imparable : pour sortir du marasme, il suffit de faire partir tous les habitants juifs.
Quatre-vingt-quinze ans plus tard, ce qui n'était à l'époque qu'une farce absurde et grinçante apparaît comme une terrifiante prophétie...
Sous-titrée au moment de sa parution « Roman d'après-demain », une véritable curiosité Vintage malheureusement toujours d'actualité.

De l'université à la rue Bellaria, une véritable muraille humaine cernait le splendide et serein bâtiment où siégeait le Parlement. En cette matinée de juin, tout Vienne semblait s'être donné rendez-vous, à dix heures, là où allait se jouer un événement historique d'une portée imprévisible. Bourgeois et ouvriers, dames et femmes du peuple, adolescents et vieillards, jeunes filles, petits enfants, malades dans leurs fauteuils roulants, surgissaient pêle-mêle, criaient, discutaillaient politique et suaient abondamment. À tout moment, un nouvel exalté se mettait à haranguer la foule et sans cesse on entendait retentir le même slogan :
« Dehors les Juifs ! »

Les Editions Belfond continuent de ressortir de l'oubli des romans indispensables. 
3 ans et demi après la republication du roman d'Irmgard Keun: Après Minuit, c'est au tour d'un roman d'Hugo Bettauer de ressortir de la malle aux trésors littéraires, avec un roman traitant de l'antisémitisme. 

Publié en 1922, ce pamphlet contre l'antisémitisme, imaginé comme une farce à l'époque, va se révéler être l'une des plus cruelle prophétie qui soit. 
L'auteur imagine que le Chancelier de la ville de Vienne, le Dr Schwertfeger, va promulguer une loi anti-juifs, qui consiste a mettre les juifs dehors afin que les chrétiens et les bons aryens reprennent l'économie en main. Pour lui, les Juifs sont bien supérieurs et font tourner la ville. En les chassant, il espère redonner du travail aux bons aryens, ainsi l'économie renaîtra.
Ainsi, progressivement, tous les juifs sont envoyés partout dans le monde, en France, en Espagne, en Allemagne, aux Etats Unis, via des trains de plus en plus nombreux, sous les harangues de la foule. La vie à Vienne reprend son cours, l'économie remonte, tout va pour le mieux, mais cela ne dure pas et les habitants de Vienne, en premier lieu les commerçants ,se rendent compte que ce sont les Juifs qui achetaient le plus et au prix for et ils regrettent leurs départs.
Heureusement grâce à un peintre juif, Léo Strakosch,qui, après être parti à Paris, revient à Vienne sous l'identité de Henry Dufresne, un richissime peintre français, va, par amour pour Lotte, faire bouger les choses et changer l'opinion des gens.

Alors, ce n'est pas pour le côté littéraire que ce livre à une importance: le style est simple et n'a pas une grande valeur littéraire, mais la force du livre, c'est son sujet: Hugo Bettauer a démontrer, par le procédé de la farce,ce que serait le monde sans les juifs, sauf qu'ils les montre comme les sauveurs de la ville, puisque ce sont eux qui font tourner l'économie.
Sauf qu'il ne savait pas, en écrivant ce livre, dans les années 20, ce qui allait se passer une décennie plus tard. Au regard de l'Histoire, quand on lit ce livre aujourd'hui, des images deviennent saisissante d'effroi (les trains,qui emmènent les juifs dans les autres villes d'Europe, font cruellement penser aux trains qui emmenaient les juifs à la mort dans les camps de concentration).Ou bien cette phrase terrible qui va faire démentir l'auteur, quelques années plus tard ("Croyez-vous que les Allemands sont aussi crétins que nous et vont flanquer leurs juifs dehors?"), comme le souligne Olivier Guez dans sa préface. (Préface que je vous conseille de lire après la lecture du roman car son auteur dévoile toute l'histoire du livre).
Sous couvert d'une histoire teinté d'humour, avec une histoire d'amour (celle de Léo, peintre juif et Lotte, fille d'un ministre autrichien) et un happy end, ce "roman d'après-demain", comme il fut qualifié en son temps, est un portrait saisissant de l'antisémitisme dans les années 20, mais qui, 95 ans après, fait écho à notre époque.

Au final, un roman, qui malgré un début un peu déconcertant pour moi,ne se lâche pas avant la fin. Un roman indispensable qui nous parle de l'antismétisme. Sauf que l'auteur,assassiné en 1925, par un militant nazi,  ne pouvait pas s'imaginer que sa farce allait rejoindre la plus horrible des réalités près de 20 ans plus tard.

Merci aux Editions Belfond pour cette découverte déconcertante.

Hugo Bettauer: La ville sans juifs, (Die Stadt ohne Juden), Belfond, (Collection Belfond [Vintage],187 pages,  1980 (pour l'édition originale), 1983 (pour la traduction française), 2017 (pour la présente édition)


Slow Qui Tue #338: I want to know what love is

Le slow qui tue de la semaine voudrait savoir ce qu'est l'amour.

Foreigner: I want to know what love is



Bonne écoute!


samedi 11 novembre 2017

Au revoir là-haut

4e de couverture: Rescapés du premier conflit mondial, détruits par une guerre vaine et barbare, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne pourra rien faire pour eux. Car la France, qui glorifie ses morts, est impuissante à aider les survivants. 
Abandonnés, condamnés à l'exclusion, les deux amis refusent pourtant de céder à l'amertume et au découragement. Défiant la société, l'Etat et la morale patriotique, ils imaginent une arnaque d'envergue nationale, d'une audace inouïe et d'un cynisme absolu. 

En ce jour de commémoration de la première guerre mondiale, j'ai eu envie de lire un roman se passant à cette période dramatique. 
C'est ainsi que j"ai lu, Au revoir, là-haut, l'un des grands romans de Pierre Lemaitre. Mon choix s'est porté sur ce roman pour d'autres raisons: son adaptation ciné est sortie il y a quelques semaines, et la sortie prochaine d'un 2e tome (pour la rentrée de janvier 2018) m'a incité à le sortir de ma PAL.

Quel livre que ce roman. Dès les premières pages, j'ai été happé dans ce champ d'horreur: les premières pages nous embarquent tellement dans l'action qu'on ne peut plus le lâcher. Cela se ressent que l'auteur est un habitué du polar: son style est fluide, sans temps mort, au suspense insoutenable qui nous fait tourner les pages à une vitesse folle.
Il sait aussi camper des personnages forts, puissants dans leur caractères et leur physionomie. J'ai beaucoup aimé Albert, un jeune homme calme, un peu paumé mais toujours prêt à rendre service (ce qu'il fait pour Eugène est très beau et sans arrière pensée), Eugène est lui un être complexe que j'ai eu du mal à cerné au départ, ne comprenant pas son refus de retrouver visage humain et goût à la vie. Son passé, que l'auteur éclaire au fil de la lecture, explique son geste et c'est ainsi que j'ai pu également l'apprécier et comprendre ses intentions.
Henry d'Aulnay Pradelle est l'archétype même du  salaud, arrogant, arriviste, qui ne pense qu'à sa carrière et aux honneurs, et que j'ai détesté dès sa première apparition. Son mariage avec Madeleine Péricourt, est simplement un mariage qui l'arrange pour faire fortune. L'amour n'ayant pas lieu d'être là dedans.
Les Péricourt pères et fille sont des petite bourgeois qui essayent tant bien que mal de combler le vide laissé par leur fils et frère Edouard, mort à la guerre. J'ai été souvent touché par le destin de ces deux personnages (la peine de M. Péricourt qui n'a pas su aimer son fils parce qu'il était trop différent et qui regrette d'être passé à côté, maintenant qu'il est mort, m'a beaucoup ému.

Tous ces personnages servent une intrigue menée au cordeau et sans temps mort qui va crescendo pour finir en apothéose. On sent que Pierre Lemaitre est un auteur qui vient du  polar: il sait ménager son suspense, ses effets et on se sent happé et pris au piège de cette intrigue menée tambour battant.

J'ai tout simplement adoré l'histoire, les personnages: l'auteur nous parle en plus de l'immédiate après-guerre en se focalisant sur les monuments aux morts érigés en mémoire des soldats morts et disparus (et sur lesquels certaines personnes vont se recueillir aujourd'hui): un point de vue des plus originale pour nous parler de la premières guerre mondiale et de ses conséquences.
Ayant peur de trop en dévoiler (même si c'est un roman contemporain, les intrigues s'apparentent à du polar, ce serait donc sacrilège que de la déflorer et d'ainsi gâcher la lecture), je ne vais pas trop vous en dire. Juste dire que le roman se tient jusqu'à son final qui m'a laissé pantois, car tout se rejoint. L'auteur donne même un point final à tous ces personnages dans un épilogue qui conclut le livre de fort belle manière.
Et justement, en lisant cet épilogue qui nous raconte le destin des personnages importants du livre comme Albert, Pradelle, M. Péricourt, Madeleine et d'autres, on s'aperçoit que l'auteur n'avait pas prévu de suite. Je suis donc encore plus curieux de savoir comment l'auteur va rebondir avec le 2e volet, à paraître à la rentrée de Janvier.

Au final, un roman passionnant, addictif, et bien mené,et qui vous prend aux tripes avec, dès le début une scène choc. Un roman que je vous encourage à lire, si ce n'est pas déjà fait. Pour ma part, j'ai bien envie de voir l'adaptation qu'en a faite Albert Dupontel, au cinéma...et je suis déjà partant et curieux de lire le 2e volet, qui s'intitulera "Couleur de l'incendie" et qui sortira le 3 janvier 2018, aux Editions Albin Michel.

Pierre Lemaitre: Au revoir,là-haut, Le Livre de poche, 620 pages, 2013


mercredi 8 novembre 2017

La Discothèque du 20e siècle #242

En 1968, Brigitte Bardot connaissait un autre succès musical grâce à Serge Gainsbourg et à une moto.

Brigitte Bardot: Harley Davidson (1968)


Appelée à la rescousse pour sauver un "Show Bardot" en cours de tournage mais manquant cruellement de nouvelles chansons excitantes, Gainsbourg se rend en octobre 1967 chez Brigitte et lui joue au piano Harley Davidson. N'ayant aucune attirance particulière pour la moto, comme elle le raconte dans son autobiographie (Intiales B.B. Grasset, 1997), Bardot lui exprime ses doutes; il lui rétorque que ça ne l'empêche pas d'en parler à sa façon. Une fois B.B. convaincue, ils se retrouvent le 19 octobre 1967, au studio Hoche, pour l'enregistrement de la chanson sous la direction de Michel Colombier, aboutissant au standard que l'on sait! (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1968", Polygram Direct)

Bonne écoute!


dimanche 5 novembre 2017

Mort à Florence

4e de couverture: Novembre 1966. Giacomo, treize ans, disparaît à la sortie du collège. Faute d’indice, le commissaire Bordelli s’accroche à une mince piste qui le mènera parmi des nostalgiques du fascisme et de Mussolini. Plus que jamais
hanté par la guerre, il affiche une humeur aussi noire que le ciel qui surplombe alors Florence. Rien ne le soulage, ni ses amis, ni son jeune bras droit Piras, ni les plats succulents de Toto, ni même la jolie jeune femme brune dont il fait la connaissance.
Quelques jours plus tard, sous l’effet des pluies torrentielles, l’Arno déborde et déverse dans les rues des flots de boue qui paralysent la ville. C’est l’occasion de découvrir un portrait sombre et inédit de la cité toscane où se démène un Bordelli désabusé, mais bien décidé à découvrir la vérité. Cet opus a remporté en 2009 le prix Scerbanenco, la plus haute récompense du polar italien.


3e enquête du commissaire Bordelli, à paraître en France, ce Mort à Florence est un roman policier à l'ambiance italienne assurée, mais avec une pointe de sordide en ce qui concerne le meurtre. 

Honnêtement, je ne m'attendais pas à lire un roman policier comme celui ci, en ouvrant le livre. C'est vrai, c'est un polar, mais l'enquête m'a paru secondaire, dans le sens où il ne faut pas s'attendre à des révélations à toutes les pages. Les suspects du meurtre de ce petit garçon, Giacomo, sont vite connu et l'enquête n'avance pas des masses. 
On est alors dans un polar plus d'ambiance que dans l'action pure. 

Mort à Florence est un roman policier qui prend le temps d'installer son intrigue. Il se dégage d'ailleurs une certaine lenteur dans le roman, à l'instar du commissaire Bordelli dont on suit les pensées et les cheminements, tout au long de son enquête, qui piétine. 
Bizarrement, cette lenteur n'est pas gênante, au point même que je ne l'ai pas ressenti car les pages se tournaient vite...surtout au moment de l'inondation de la ville de Florence, qui a été le déclencheur pour moi, de ne pas lâcher ce roman avant d'avoir eu l'explication du meurtre. Explication qui se met en place doucement, mais où toutes les pièces s'imbriquent...sans pour autant que la solution soit facile à mettre en place. 

J'ai aimé l'ambiance de ce roman qui nous emporte dans la ville de Florence, en pleine inondation, qui eue réellement lieue en 1966, date de l'action du roman. Bordelli est un flic de la vieille école, en fin de carrière, qui a connu la guerre (encore très présente à son esprit et qui va aussi être liée à l'enquête qu'il mène). J'ai trouvé cette partie sur le fascisme et la guerre au temps de Mussolini très intéressante, car je connais très peu, voire pas du tout la 2nde guerre mondiale du point de vue italien. 

J'ai trouvé aussi très intéressant la manière dont la police est montrée et l'enquête menée: entre le commissaire divisionnaire, mettant la pression à Bordelli et ses collègues pour résoudre l'enquête de ce petit garçon, fils d'avocat, retrouvé mort dans les bois, la recherche d'indices sur le lieu du crime, les filatures des suspects et l'attente...toujours l'attente. J'ai trouvé cela très cohérent et réaliste. Je pense qu'une enquête de police se déroule plus comme cela dans la réalité. Ce fut très appréciable. 

Le crime est sordide, mais sa résolution l'est encore plus, car je l'ai trouvé injuste...mais elle ne manque pas de suspense, ce qui nous tient en haleine jusqu'à la fin. 
La vie du commissaire n'est pas des plus réjouissantes non plus, même si un rayon de soleil vient l'illuminer en la personne d'Eleonora, une jeune vendeuse que Brodelli rencontre lors de son enquête. 

La ville de Florence est très présente (c'est impressionnant le nombre de rues évoquées dans le livre) et elle est un des personnages du livre. J'aime bien quand l'auteur nous fait voyager dans la ville où se passe l'intrigue, en nous la faisant découvrir. 

Voilà un roman policier italien, qui prend le temps de mener son enquête et que je retiendrai plus pour l'ambiance qu'il installe que pour son intrigue policière, même si celle ci est en définitive bien menée et réserve son lot de surprises. Il se lit avec plaisir et on a envie de savoir comment va se conclure l'affaire de ce petit garçon Giacomo, retrouvé mort dans les bois. La littérature italienne m'a ravi, une fois encore. 

Merci aux Editions Philippe Rey  pour cette nouvelle découverte italienne.

Marco Vichi: Mort à Florence (Morte a Firenze), Philippe Rey/Noir, 399 pages, 2017



Slow Qui Tue #337:La Taille de ton amour

Le slow qui tue de la semaine voudrait savoir à quel point elle est aimée.

Jane Fostin: La Taille de ton amour



Bonne écoute!


mercredi 1 novembre 2017

Un été près du lac

4e de couverture: Plein de suspense et d'émotion, un drame familial à l'atmosphère digne de Daphné du Maurier, pour décrire le poids de la culpabilité, la jalousie entre soeurs et la folie de l'amour.
À la mort de sa grand-tante Lucy, Justine, trentenaire mère de deux fillettes, hérite d'un vieux chalet familial, niché sur les bords d'un lac du Minnesota. Pour la jeune femme, ce legs est un don du ciel, une chance unique de fuir San Diego et les accès de colère de son fiancé.
Mais, alors que Justine prend possession des lieux, elle est rapidement happée par l'ambiance étrange de cette bâtisse : ici, le temps s'est arrêté en 1935. Des objets, des photos, des vêtements, tout rappelle cette petite fille disparue à l'âge de six ans, Emily.
Et bientôt, Justine découvre le journal de sa grand-tante Lucy, ainsi que la terrible histoire d'une famille détruite par les drames...

Que s'est-il passé ce matin de l'été 1935 ? Que savait Lucy de la disparition de sa petite soeur ? Et si c'était à elle, Justine, de trouver la vérité pour libérer les siens d'un secret vieux de soixante ans ? 

Un été près du lac avait tout pour me plaire: un été dans une petite bourgade américaine, près d'un lac, les années 30, 40., des secrets de famille, des personnages de filles fortes et fragiles en même temps. Il était clairement fait pour moi! 

Malheureusement, malgré un début des plus palpitants qui augurait une belle lecture, je n'ai pas complètement adhéré à cette histoire. Bon, je pense que l'avoir lu une semaine où j'avais peu le temps de lire, pris entre le boulot et mes activités artistiques (j'ai passé le week-end dernier sur scène, dans une pièce de théâtre formidable,  où j'ai une petite participation), n'ont pas aidé à me plonger dans ce livre. 

Cependant, ces activités annexes ne sont pas les seules en cause. Je pense que la construction du roman n'a pas aidé à mon ressenti. En effet, le livre alterne deux points de vue de l'histoire (encore, je dirai car c'est devenu monnaie courante, ces dernières années), celui de Lucy, une vieille femme qui écrit dans un carnet ce qui s'est déroulé ce fameux été 1935, pour le donner à sa petite nièce Justine, afin qu'un secret qui l'étouffe depuis soixante ans, soit enfin libéré; et celui de Justine, dans le présent, qui décide de déménager avec ses deux filles et de quitter son petit ami Patrick,après un cambriolage, et surtout l'héritage qu'elle vient de recevoir de la part de sa grand tante Lucy qui vient de décéder, en lui laissant une petite fortune et la maison près du lac. 

C'est là où le bas blesse pour moi, car, autant j'ai apprécié les parties de Lucy, qui nous raconte donc son fameux été où elle était une jeune adolescente, avec ses deux soeurs Lilith et Emily, qui conduira à un drame, qui nous plonge dans l'ambiance de ces années là et où l'on fait la connaissance de plusieurs personnages comme les parents de Lucy, Les Miller (Mathhew et Abe en tête, qui vont être proches de Lucy et Lilith), les Llyod, une famille riche qui ont également une maison près du lac. Tout ça m'a plu, et j'en redemandais. Mais malheureusement pour moi, cela était coupé par les chapitres de Justine qui ne m'ont pas plus intéressé que ça. La faute à un début un peu étrange: la scène du cambriolage que j'ai trouvé brouillonne et incompréhensible, même si j'ai compris par la suite. Puis, surtout, cette partie du présent nous  en révèle trop sur le passé, et vient donc gâcher ce qu'est en train de raconter Lucy dans son carnet. Bien avant la 100e page, nous savons qu'un drame va se produire concernant l'une des trois soeurs. ce qui fait que l'intérêt de lire les parties de Lucy commençaient à s'émousser et je ne revenais plus au roman avec avidité. 

Pour ma part, je pense que l'alternance des histoires (celle de Lucy racontée à la 1ere personne et celle de Justine, à la 3e personne) fut une erreur. Alors, je sais bien que c'est pour garder un certain suspense (suspense que j'ai  deviné tout de même sachant dès le début qu'un drame interviendrait). Si l'histoire avait été écrit de manière chronologique en deux parties bien distinctes (en gardant pour un épilogue, les dernières révélations du drame): tout d'abord l'histoire de Lucy et ensuite celle de Justine, j'aurai plus adhéré à l'histoire car les révélations n'auraient pas été dévoilées dès le début, mais au fil de la lecture. 

En soit, cela aurait pu être un bon roman (et il l'est pour les chapitres concernant Lucy) si sa construction avait été tout autre. 

Au final, un roman pour lequel je n'ai eu qu'un petit intérêt, grâce aux parties de Lucy, mais qui a été gâché, par une semaine chargée, je l'avoue, et par la construction du roman inadéquat car il fait perdre de l'intérêt au fil de la lecture. C'est dommage car ce roman était fort prometteur. 

Merci aux Editions Belfond de m'avoir permis de prolonger l'été, même s'il n'a pas comblé toute mes attentes.

Heather Young: Un été près du lac, (The Lost Girls), Belfond, collection "Le Cercle", 380 pages, 2017