lundi 26 juin 2017

Des femmes remarquables (Belfond Vintage Saison 5, Volume 27)

4e de couverture: Je laissai Dora poursuivre, mais sans réellement lui prêter l'oreille car je connaissais l'opinion que nourrissait Dora à l'égard de miss Protheroe et de tout précepte religieux. Nous nous étions souvent querellées autrefois à ce sujet. Je me demandais comment elle pouvait gâcher autant d'énergie à lutter pour une vétille telle que le port du chapeau à l'office ; puis je me dis qu'après tout, la vie se réduisait, pour la plupart d'entre nous, à des détails de cet ordre : les petits désagréments plus que les grandes tragédies, les dérisoires petites envies plus que les grands renoncements et les tragiques passions amoureuses de l'histoire ou des romans.

J'ai rencontré la plume de Barbara Pym, il y a quelques années, en lisant Un brin de verdure que j'avais beaucoup aimé. 
Quel plaisir de savoir que j'allais la retrouver dans la collection "Belfond [Vintage], cette saison, avec un autre de ses romans. 

Je trouve formidable que les éditions Belfond ait enfin décidé de lui donner une nouvelle mise en lumière, car elle le mérite. Barbara Pym fait partie de ces auteures anglaises du 20e siècle, qui sont tombées dans l'oubli et qui pourtant mériterait d'entrer dans la légende. 
Barbara Pym décrivait de manière très juste, et avec une petite pointe d'ironie, la middle class anglaise et démontrait un humour caustique ravageur. 

Je dois pourtant  avouer que je ne suis pas entré dans cet univers de nouveau, aussi facilement que pour "un brin de verdure". Il a fallu que je retrouve mes marques. Est ce dû au fait que j'ai eu un petit peu de mal avec la narratrice Mildred? Il est vrai que je l'ai trouvé un peu vieux jeu, au départ (un côté vieille fille peut être) et que je n'ai pas pu m'empêcher de la juger. Grave erreur car elle se montrera sous un très beau jour par la suite, quand on la connait mieux. 
En fait, ce roman là est un roman qui joue beaucoup sur l'apparence. Aucun des personnages n'est vraiment ce qu'il parait:que ce soit les Napier, les nouveaux voisins de Mildred, qui vont chambouler sa petite vie si tranquille et réglée comme du papier à musique, ou Mrs Gray, une femme, veuve de pasteur, qui vient s'installer au premier étage du presbytère, et qui va déranger également la petite vie du révérend Mallory et de sa soeur Winifred ou bien encore Everard Bone, le collègue d'Helena Napier. 
L'auteur nous ouvre alors les portes de cette petite communauté, qui vit entre fête de charité, messe, et travail (enfin Mildred travaille mais je n'ai pas trop compris dans quoi, Seul le métier d'Helena Napier est évoquée: anthropologue, (un métier qui revient fréquemment dans les romans de Barbara Pym); 

Enfin, c'est un joli petit roman, qui m'a doucement emporté dans son monde: même si le temps s'écoule doucement, il se passe beaucoup de chose, et le rythme devient parfois enlevé, et on a qu'une hâte, savoir comment cela se termine, même si l'intrigue n'est pas ce que je retiendrais particulièrement (malgré les nombreuses surprises entre les Napier et leur soucis de couple, et l'arrivée de Mrs Gray au presbytère). Ce sont la galerie de personnages qui est important dans les romans de Barbara Pym et c'est eux que je retiens. L'auteur les croque de manière si drôle qui frôle parfois le cynisme (toujours bienveillant, je vous rassure), qu'on s'attache à tous, même aux grenouilles de bénitier. 

Ce fut encore un bonheur de retrouver la plume de cette auteure, qui m'a encore charmé, au final, même si le démarrage a été un peu plus long. Je n'ai pas pu décrocher, même je l'ai fini hier soir, alors que la fatigue commençait à m'envahir, mais j'étais si bien avec Mildred et les autres que j'ai continué jusqu'à la dernière page. 
Je vous encourage fortement, si ce n'est pas déjà fait, à découvrir la plume de Barbara Pym; Vous retrouverez le charme de l'Angleterre, avec une plume drôle et tendre, à la fois. Je suis persuadé que vous tomberez sous son charme. Lire un roman de Barbara Pym, c'est revenir dans une Angleterre verdoyante et paisible, et surtout, y revenir, avec plaisir. 

Merci aux Editions Belfond pour cette petite ballade anglaise, pleine de fraîcheur. 

Barbara Pym: Des femmes remarquables, (Excellent Women),Editions Belfond, Collection Belfond [Vintage], 1952,(pour l'édition anglaise), 1990 (pour la traduction française), 2017 (pour la présente édition)


dimanche 25 juin 2017

Slow Qui Tue #327: Always you

Le slow qui tue de la semaine chante que c'est toujours toi qui lui inspire tout ça.

Sophie Zelmani: Always you



Bonne écoute!

C'est avec la charmante Sophie Zelmani que se termine la 8e saison de "Slow Qui Tue"....mais rassurez vous, ils seront de retour à la rentrée, début septembre. 

Dès la semaine prochaine, place à l'été et son ambiance So Jazz, qui revient pour un 2e été, à la (re)découverte de grands artistes de jazz, mais pas seulement. Avec, pour cette seconde saison, un choix plus éclectique que la saison précédente...et dont je vous laisse la surprise. 

Rendez-vous donc, la semaine prochaine pour un été encore "So Jazz"! 


samedi 24 juin 2017

Le Château de ma mère

4e de couverture: Après la Gloire de mon Père, la suite des souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol

La fin de l’été est un drame pour le petit Marcel Pagnol, obligé d’abandonner ses chères collines. Mais la famille monte dorénavant chaque samedi à La Bastide Neuve. Un matin, lors d’une partie de chasse dans la garrigue, Marcel fait la rencontre d’un jeune paysan, Lili des Bellons. Une nouvelle aventure s’offre à lui : celle de l’amitié. Pittoresque et truculent, voici après La Gloire de mon père, le deuxième tome des « Souvenirs d’enfance » de Pagnol.

Retrouvailles avec les "Souvenirs d'enfance" du petit (mais grand par le talent) Marcel Pagnol, avec ce 2e volet "Le château de ma mère

J'avais beaucoup aimé le premier volet des "Souvenirs", La Gloire de mon père et j'attendais avec impatience le 2e volet, mais aussi avec  appréhension, car ce "Château de ma mère" fait partie du panthéon de mes souvenirs émotionnels d'enfance. 
J'ai mis la barre tellement haute, à la limite du franchissable, sur cette bande dessinée, que la déception était tapie dans l'ombre,afin de sortir au moment de ma lecture. 

On retrouve la même équipe que pour "La Gloire", Morgann Tanco, au dessin, Eric Stoffel et Serge Scotto au scénario et Sandrine Cordurié, aux couleurs. Ce fut déjà un bon point pour ne pas partir perdant et déçu. Je trouve que c'est une fort belle idée que chaque oeuvre de Pagnol soit confié à une même équipe, donnant une vision homogène à l'ensemble de l'oeuvre. 

Dès la première planche, je me suis replongé dans les souvenirs de Marcel avec bonheur et délice. On retrouve la même énergie, la même insouciance, et surtout, la même langue que pour "La Gloire". 
Ce 2e volet est plus fouillé, au niveau de l'histoire: un nouveau personnage fait son apparition: le fameux Lili des Bellons, qui avec Marcel, va lié une amitié, qui restera pour moi la plus belle de la littérature: une amitié indéfectible, comme seul l'enfance nous en procure: celle qui dure toute une vie. 
Ainsi, on suit Marcel et son ami Lili dans cette Garrigue, qui nous a tous fait rêver étant gamin, on découvre le monde et des aventures à hauteur d'enfance et elles sont exceptionnelles et inoubliables. 

Les auteurs axent donc leur histoire sur deux pans importants du "Château" selon moi: l'amitié entre Marcel et Lili, qui est très bien développée, et le fameux épisode du Canal avec l'ombre du garde qui plane et qui m'a encore fait peur cette fois ci. Cependant, j'ai été un peu chaffouin, en voyant qu'il manquait le fameux épisode de la découverte par Marcel des sentiments amoureux, qui va mettre à mal l'amitié entre Marcel et Lili. Mais, comme pour toute adaptation, il faut faire des choix (et je me demande d'ailleurs si cet épisode fait partie du "Château" ou du "Temps des secrets"). Donc, ce n'est qu'un petit bémol, qui ne m'a pas gâché la lecture. Surtout qu'ils ont su garder la langue chantante et l'esprit de Marcel Pagnol. 

les dessins de Morgann Tanco sont encore une fois magnifique (certaines planches sont à
couper le souffle et nous montre toue la beauté de la Garrigue, que ce soit de jour comme de nuit (avec cet épisode de la fuite de Marcel dans la Garrigue, car il ne veut pas rentrer à Marseille.
Dessins encore une fois magnifiquement mis en couleur par Sandrine Cordurié.

Puis vient les dernières planches de la BD, qui m'ont fait avoir une crise de larmes (oui, j'ai bien pleuré pendant 5 minutes après avoir refermé la BD en lisant le destin tragique de certaines personnes). Alors surtout, prévoyez des mouchoirs, car on passe souvent du rire aux larmes dans cette bande dessinée. 

Au final, un 2e volet qui m'a encore plus charmé que le premier, et qui n'a pas entaché mes souvenirs d'enfance. Une véritable claque qui m'a fait chavirer le coeur et dont je retiendrai ces phrases qui referme la porte du "Château de ma mère": 

"Telle est la vie des hommes. Quelques joies très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants". (P. 90)

(J'espère que les deux autres volets des "Souvenirs" verront le jour en BD, et qu'ils seront toujours mis en image par Morgann Tanco). 



Scénario: Serge Scotto & Eric Stoffel; Dessins: Morgann Tanco; Couleurs: Sandrine Cordurié: Le Château de ma mère, Grand Angle, 96 pages, 2016



vendredi 23 juin 2017

Rose-Mercie

4e de couverture: Rose-Mercie n’a que 16 ans lorsqu’elle épouse, sous la pression de sa mère, Ange Peretti, riche négociant français installé au Cap-Haïtien. Peu après, sa vie bascule : nous sommes en 1915, Ange est mobilisé pour combattre en France. Elle lui annonce alors qu’elle est enceinte.
En Haïti, les factions politiques se déchirent. Les Américains, fidèles à la doctrine de Monroe, « L’Amérique aux Américains », débarquent pour rétablir l’ordre, mais aussi pour garantir leurs intérêts économiques et commerciaux.
Rose-Mercie se retire, avec sa fille France, dans la propriété familiale de Milot laissée à l’abandon après la mort de son père. Elle relance la plantation, introduit des ruches, installe une fabrique de confitures et crée des onguents parfumés pour les bourgeoises du Cap-Haïtien.

Maggy Belin Biais signe avec Rose-Mercie un premier roman fort intéressant sur Haïti au début du XXe siècle, lors de l'invasion américaine, à travers le portrait d'une femme courageuse et forte, qui prend son destin en main. 

Si je me suis tourné vers ce livre, c'est pour le voyage et la découverte d'une île que je ne connais pas, qui se dévoile à travers son histoire. De ce point de vue là, le roman est passionnant. L'auteur détaille par le menu, les enjeux politiques, la révolte des Cacos (Paysans) envers l'envahisseur américain, dans une langue parfois poétique mais toujours détaillée. 

C'est d'ailleurs plus le côté historique qui m'a enthousiasmé, que l'histoire en elle même (même si le portrait de Rose-Mercie est des plus héroïque, nous montrant une femme indépendante (dans une époque où les femmes n'étaient pas considérées), qui reprend sa vie en main, au départ de son mari pour la France (alors en pleine guerre (la première guerre mondiale du XXe siècle) et qui doit survivre dans une île en plein chaos. 

Pourtant, même si j'ai aimé ce livre, je n'ai pas été plus passionné que ça (sauf pour les passages historiques qui sont très bons et qui m'ont appris des choses) par l'histoire, que j'ai trouvé classique et parfois indolente (comme si elle était un prétexte pour nous raconter Haïti qu'une histoire: enfin, l'histoire de Rose-Mercie n'est pas celle que je retiens, car elle manque un peu de lien (elles ne sont que des petites saynètes de la vie, entrecoupées par des instants d'histoire). 
En fait, je passais un bon moment lors de ma lecture, mais je n'étais pas impatient d'y retourner. C'est un peu difficile à expliquer: je pense que les personnages n'ont pas été assez développée (mis à parti peut être celui de Rose-Mercie) et ne sont que des ombres passagères qui passent et qu'on oublient parfois.Ce qui fait qu'il est difficile de s'attacher à eux, ce qui est bien dommage.  

Alors, bien sûr, c'est un premier roman et celui ci souffre de quelques faiblesses, comme un rythme parfois indolent, un  manque de lien entre les histoires, et un style qui se cherche, car il peut paraître maladroit par moment, avec cependant, des passages poétiques et sensuels de toutes beauté, surtout dans la découverte, des sentiments charnels et amoureux de Rose Mercie. Puis, Maggy Belin Biais, a eu la riche idée, de mêler les personnages fictifs et réels, à l'instar de Rosalvo Bobo,véritable Ministre de l'intérieur qui s'est insurgé contre l'envahisseur américain en 1915,et qui se trouve être l'oncle de Rose-Mercie, héroïne fictive de ce roman. 

C'est aussi un beau portrait de femme que nous brosse l'auteure, une femme forte, indépendante, l'une des premières féministes avant l'heure, qui se prend de passion pour la cause de son oncle et aidera certains cacos à survivre. 
C'est également le portrait d'une île magnifique qui nous est dévoilée, avec ses bourgeois, dont fait partie la famille de Rose-Mercie, ses paysans cacos, ses croyances religieuses, mais aussi ses croyances magiques et ses légendes nées du vaudou, que pratique Claire-Heureuse, la nounou de Rose-Mercie qui s'occupe de la propriété familiale de Milot, avec son mari, Délicieux. C'est cet univers un peu angoissant pour un néophyte de la culture vaudou, dont l'auteure nous parle dans une langue parfois chantante à notre oreille, surtout quand elle utilise des termes et des phrases créoles. 

Comme vous le voyez, c'est un roman foisonnant, sur une île magnifique, qui nous est dévoilée, dans une histoire classique (une jeune fille mariée contre son gré et qui prendra son indépendance de femme peu à peu), mais qui est passionnant pour son côté historique. 

Au final, un premier roman,avec des défauts dans le style et dans son déroulement, mais qui a su me charmer, par son côté historique fort bien détaillé. Un roman pas mémorable, mais qui m'a fait passer d'agréables moments, et m'a surtout appris des choses sur une partie de l'histoire d'Haïti. Je ne sais pas ce qu'il m'en restera dans quelques mois. Seul le temps, me le dira. 

Merci aux Editions Zellige pour le voyage et la découverte de cette merveilleuse île qu'est Haïti.

Maggy Belin Biais: Rose-Mercie, Editions Zellige, 350 pages, 2017


mercredi 21 juin 2017

La Discothèque du 20e siècle #222

En 1966, les Beach Boys se lançait dans l'enregistrement de l'album le plus innovant de leur carrière où se distinguait ce morceaux aux bonnes vibes.

Beach Boys: Good Vibrations (1966)






Sorti dans les dernières semaines de l'année 1966, ce chef-d'oeuvre des "garçons de la plage"est, pour l'époque, le morceau le plus sophistiqué jamais crée par un groupe pop: à une époque où les studios d'enregistrement sont encore primitifs (on se débrouille dans le meilleur des cas avec un magnéto quatre pistes), le groupe du génial Brian Wilson réussit une prouesse que vont jalouser les Beatles (et leur inspirer par réaction l'album Sgt. Pepper's Lonely Heart's Club Band). Il a fallu aux Beach Boys 17 séances dans 4 studios différents et 6 mois de travail pour parvenir à ce résultat, aussitôt adopté comme hymne de la génération hippie qui propulse Good Vibrations à la première place des hit-parades anglais et américains. (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1966", Polygram Direct)

Bonne écoute!


dimanche 18 juin 2017

Mortel Sabbat

4e de couverture: L'inspecteur Pendergast est contacté par le sculpteur Percival Lake, à qui a été volé une collection de vins rares. Accompagné de Constance Greene, il se rend à Exmouth, un village du Massachusetts. Dans la cave, il découvre une niche secrète ayant abrité un corps : le vol ne serait qu'un leurre pour masquer sa disparition. Puis des corps mutilés et marqués de symboles sataniques sont découverts

Preston & Child est un duo d'écrivains dont j'ai déjà croisé les noms en librairies, sans avoir eu la curiosité de m'y attarder (ne lisant pas trop de thriller, et vu, aussi le nombre de romans à leur actif, cela me faisait peur de commencer). 

L'Inspecteur Pendergast (un Sherlock Holmes des temps modernes, pourrait on dire) est un personnage récurrent de Preston & Child, apparu dans pas moins de 16 romans (le 17e, Noir Sanctuaire, vient de paraître en librairie au mois de Mai.) 
J'ai eu la surprise de recevoir le dernier opus, Noir sanctuaire dans ma BAL, il y a quelque temps, accompagné de ce Mortel Sabbat. Sauf que j'ai fait une petite bêtise en lisant la 4e de couverture de Noir Sanctuaire avant celle de "Mortel Sabbat", car je me suis aperçu que "Noir Sanctuaire" est la suite directe de ce "Mortel Sabbat". (ou comment se spoiler la fin d'un livre en lisant le mauvais résumé). 
Enfin, passons. 

Tout d'abord, même si, comme moi, vous n'avez pas lu les autres enquêtes de l'inspecteur Pendergast, vous pouvez commencer sans soucis par Mortel Sabbat, le passé des personnages étant peu évoqué et il ne nuit pas à la compréhension de l'intrigue (par contre, si vous avez acquis "Noir Sanctuaire", il vaut mieux lire celui-ci avant puisque c'est le premier volet de "Exmouth" (qualifions le comme ça)). 

Contre toute attente, j'ai beaucoup aimé ce roman: sans temps mort, il met en place une intrigue captivante, qui vous happe dès les premières pages pour ne pas vous lâcher une minute. Les rebondissements sont légions, et vous vous surprendrez à tourner les pages à vitesse grand V, voulant savoir la suite. 

L'histoire est captivante, car elle s'appuie sur plusieurs choses: le mystère, les trouvailles faites par Pendergast, le côté petite ville pas si tranquille, qui va révéler ses plus noirs secrets. Puis, il y a un côté historique très développé qui m'a beaucoup plu (l'histoire de ce naufrage de bateau, qui m'a beaucoup rappelé, un roman de Daphné du Maurier, la fameuse "Auberge de la Jamaïque". C'est captivant au plus haut point. Le fait que Salem ne soit pas loin, nous rappelle cette chasse aux sorcières qui marqua l'Amérique et rend le roman encore plus fascinant. 

Tous les ingrédients sont donc là pour passer un très bon moment, avec ce roman. Les personnages de Constance et Pendergast ont une personnalité attachante, même si elle peut paraître surprenante au départ, car hors du temps (j'avais souvent l'impression de voir des personnages sorti du 19e siècle) . Il y a un peu de Sherlock en la personne de Pendergast, car ,tout comme le détective, il parait atypique et parfois un peu suffisant, surtout au vu de la population locale). 

Le roman est composé de deux parties bien distinctes: le mystère du vol des bouteilles du sculpteur, la mort d'un historien, qui enquêtait sur un naufrage, et qui nous amène donc vers la partie historique du roman (celle qui m'a rappelée la fameuse "auberge" de Daphné du Maurier) puis une deuxième partie beaucoup plus fantastique, porté vers l'action et qui se lit d'une traite, tellement on veut savoir la fin. D'ailleurs, j'avais trouvé étrange que la résolution de l'énigme concernant le vol et le meurtre soit résolue alors qu'il me restait 150 pages (!!) J'ai compris pourquoi, par la suite). 

Et la fin! Les auteurs ont fait très fort: ils laissent le lecteur dans un suspense total et une fin ouverte, laissant le duo Pendergast/Constance, en mauvaise posture, qui annonce une suite...suite qui s'intitule donc "Noir Sanctuaire" et que j'ai hâte de découvrir. 

Au final, un roman policier captivant, qui se lit à vitesse grand V grâce à de courts chapitres et un style fluide, avec une intrigue remplie de révélations et de rebondissement. Un thriller hyper éfficace, qui vous laissera sur votre faim, c'est certain. Heureusement, la suite se trouve dans ma PAL. Je la lirai donc très prochainement pour savoir ce que deviennnent Pendergast et Constance. 

Merci à Audrey et aux Ediitons J'ai Lu pour la découverte de Pendergast, et surtout, de m'avoir permis de lire le premier volet des aventures de Pendergast à Exmouth. 

Preston & Child: Mortel Sabbat, (Crimson Shore), J'ai Lu, 476 pages, 2017



Slow Qui Tue #326: 7 Days

Le slow qui tue de la semaine nous raconte sa rencontre amoureuse sur une semaine.

Craig David: 7 Days


Bonne écoute!


vendredi 16 juin 2017

L'arche de Darwin

4e de couverture: Actrice sans rôle, Chloe Bathurst décroche un emploi de gardienne de zoo chez Charles Darwin où elle rencontre toutes sortes d’animaux exotiques, ainsi que différentes théories scientifiques d’une modernité étonnante. Pour sortir son père de l’hospice, elle vole la première mouture de la théorie de l’évolution et s’inscrit au Grand concours de dieu, qui offre 10 000 £ à qui prouvera ou réfutera l’existence d’un être suprême.
(j'ai coupé le résumé du livre qui racontait la quasi totalité de l'histoire)

L'arche de Darwin est un roman qui ne manque pas d'attrait et qui est des plus originales. 

James Morrow nous emporte dans des aventures au long cours sur un sujet hautement philosophique: Dieu existe t'il ou pas. L'auteur prend le prétexte de ce concours sur Dieu pour nous proposer un portrait plein d'humanité et d'admiration de Charles Darwin, le naturaliste à l'origine de la théorie de l'évolution des  espèces. 
Il le fait en nous contant les aventures de Chloé Barthust, une comédienne, qui  après avoir pris position lors d'une représentation, s'est fait virée de la troupe où elle officiait.Elle se retrouve alors sans travail et va se retrouver au service de Mr Darwin, en tant que gardienne de zoo. Elle prend ainsi connaissance de la théorie de l'évolution établi par Darwin et va se lancer à corps perdu dans ce concours sur l'existence de Dieu pour sauver son père de ses créanciers. Elle va par la suite, se lancer dans un voyage trépidant qui va enchanter le lecteur; 

Ce roman m'a plu pour son côté aventures: le lecteur est embarqué dans un voyage digne des plus grands aventuriers, il y a du Indiana Jones, dans ce livre, mais également du Adèle Blanc Sec, dans le caractère de l'héroïne Chloé (dont j'ai aimé l'ingéniosité et la fantaisie), le fantastique en moins (ici point de Dinosaure ou de momie tueuse). 
En fait, le livre se lit très bien dans sa première moitié: tout le passage en Angleterre, chez Mr Darwin, est des plus passionnants et même le voyage de Chloé est trépident à suivre. 
En revanche, vers la moitié du livre, le lecteur suit également l'autre expédition, à la recherche de l'arche de Noé, par l'intermédiaire des lettres de Bertram Heathway, que son père, le révérend Heathway, reçoit par pigeon voyageur dans sa chambre au sanatorium. Toute cette partie là m'a complètement perdu, car l'auteur part dans un délire (justifié par l'état du révérend qui devient fou) auquel je n'ai pas adhéré et qui, je trouve ralentissait le rythme du livre. 
C'est à dire qu'on était embarqué à cent à l'heure dans les aventures rocambolesques de Chloé, à qui il arrive mille chose, entre autre un naufrage, un voyage en ballon, et j'en passe, et voilà, qu'en pleine action, arrivait un long paragraphe sur les lettres de Bertram, qui me faisait soupirer d'ennui.
Il est vrai que le côté philosophique du roman me faisait peur et mes craintes ont été fondées, puisque je n'ai pas été sensible à ce côté ci du roman, même si l'auteur pose les bonnes questions sur Dieu et son existence réelle ou imaginaire. Cela pourra en intéresser certains, je pense. 

Au final, un roman d'aventures plein d'ironie et d'humour, qui nous tient en haleine, avec une héroïne au caractère ingénieux et sincère, qui nous fait voyager vers l'Amérique du Sud, mais avec un côté trop déliro philosophique par moment, qui m'a laissé sur le bord de la route, et qui a ralenti ma lecture. Comme certains livres,il a ses bons et ses mauvais côtés. Si l'action avait été resserrée sur Chloé, en oubliant les délires de Granville Heathway, j'y aurai adhéré complètement. Mais il fallait bien avoir deux points de vue pour que le livre, soit complet. 
En définitive, vous l'aurez compris, c'est tout de même un livre à découvrir, pour la plume, l'audace et le portrait humaniste qui est fait de ce grand monsieur qu'était Charles Darwin. 

Merci aux Editions Du Diable Vauvert   pour la découverte et le voyage. 

James Morrow: L'arche de Darwin (ou une préférence pour le singe), Galapagos Regained), Editions Au Diable Vauvert, 589 pages, 2017


mercredi 14 juin 2017

La Discothèque du 20e siècle #221

En 1965, Wayne Fontana nous invite à un jeu très love.

Wayne Fontana: Game of love (1965)





Ce "jeu de l'amour" bien sympathique, carton planétaire en 1965, fut le succès le plus éclatant de ce groupe rock anglais de Manchester (d'où sortiront bien plus tard les Smiths ou Oasis), qui, une fois le départ du chanteur Wayne Fontana consommé, continua pour quelques temps encore sous le nom de...The Mindbenders. Logique non? (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1965", Polygram Direct)

Bonne écoute!


dimanche 11 juin 2017

Slow Qui Tue #325: Delicate

Le slow qui tue de la semaine est aussi délicat que la pluie.

Terence Trent d'Arby & Des'ree: Delicate


Bonne écoute!


vendredi 9 juin 2017

Hunkeler et l'affaire Livius

4e de couverture: Le corps d’un homme est découvert le jour de l’an dans un jardin des faubourgs de Bâle, dans un territoire sous juridiction française. Le mort a été abattu, mais a été suspendu à un croc de boucher aux solives de son cabanon de jardin, comme un quartier de viande.
Les indices mènent l’inspecteur Peter Hunkeler en Alsace, mais aussi dans la vallée de l’Emmental. Ce meurtre va devenir une affaire très sensible, plus destinée aux historiens qu’à la police.

Le commissaire Hunkeler est un personnage très célèbre en Suisse,qui vient de faire son apparition cette année, dans les librairies françaises. 
Ce roman mettant en scène Hunkeler est la 6e enquête du commissaire. Avant de vous donner mon avis, je voulais simplement signaler que, malgré qu'Hunkeler soit un personnage récurrent de Hansjörg Schneider, qui apparait dans plusieurs livres, il n'est pas dérangeant de les lire dans l'ordre. Vous pouvez facilement commencer par celui là, car la vie personnelle du héros est peu développée et l'auteur donne quelques petites infos sur la situation actuelle d'Hunkeler. 

Maintenant, venons en à ce que j'en ai pensé. 
Je pense qu'on le sait tous, la lecture suivant un coup de coeur livresque n'est jamais évidente. On a tellement adoré le livre précédent, qu'on y pense encore et qu'on a un peu de mal à en sortir. 
La chance, tout de même, c'est que je suis passé à un genre tout à fait différent (passant d'un roman historique sur le tango en Argentine à un roman policier se passant en Suisse: il n'y a donc pas de comparaison à avoir et ainsi ,le prochain livre à toutes les chances de plaire). 

Il m'a fallu tout de même un petit peu de temps pour entrer dans ce livre. Il faut dire que c'est un polar qui prend son temps: j'ai ressenti une certaine lenteur et un côté contemplatif, qui ne m'a pas déplu, mais que je ne m'attendais pas à voir dans un polar. Alors, si vous recherchez de l'action, n'allez pas vers celui là car elle n'est pas du tout présente. On est plus dans une enquête classique, où il y a eu un meurtre et Hunkeler doit chercher qui est le coupable, en interrogeant les habitants du village. 

Un homme a été retrouvé pendu dans une cabane de jardin limitrophe à la frontière franco-suisse. Les polices des deux pays vont devoir collaborer: cet aspect m'a plu et j'ai aimé voir les bisbilles entre les deux équipes lors des réunions de travail. malheureusement, celles ci sont peu nombreuses et on se retrouve souvent dans un schéma classique, à savoir, de suivre seulement Hunkeler dans l'avancement de l'enquête: dommage. 

Je me suis aperçu aussi, lors de ma lecture, que j'avais à faire à un Hunkeler vieillissant, plus proche de la retraite et qui a apparemment été écartée de la police et qui est appelé en tant que "consultant" pour cette mission. Ainsi ,il passe plus son temps dans les cafés et les restaurants (à interroger les habitants du village sur le meurtre qui a eu lieu), à manger (qu'est ce qu'il peuvent manger dans ce livre!) plutôt que dans son bureau. 

Le livre est devenu vraiment passionnant quand le passé de la victime resurgit, passé qui nous  emmène vers la seconde guerre mondiale. Cette partie là fut passionnante car, l'action se déroulant en Alsace, l'auteur nous raconte alors comment la guerre s'est passée dans cette région "particulière" (en effet l'Alsace a toujours été partagée entre la France et l'Allemagne et pendant la guerre, les alsaciens n'avaient pas le droit de parler français et devaient travailler en Allemagne ou pour elle, et tous les actes de rébellion étaient sévèrement sanctionnés). Ce fut très intéressant, historiquement parlant, d'en apprendre plus sur cette période qui me fascine toujours autant. 

En revanche, la solution finale est arrivé trop vite et un peu trop classique à mon goût.

Au final, un polar classique, qui ne manque pas d'intérêt, surtout quand il parle du passé de la victime. Un polar cependant très contemplatif (Hunkeler a un côté Barnaby, plus que McLane) où l'action n'est pas présente du tout. Ce n'était pas inintéressant mais pas transcendant non plus. J'ai bien aimé,mais il ne sera pas inoubliable. 

Merci aux Editions Du Verger pour cette découverte malgré cet avis en demi-teinte. 

Hansjörg Schneider: Hunkeler et l'affaire Livius, (Hunkeler und der Fall Livius), Le Verger Editeur, 280 pages, 2017


mercredi 7 juin 2017

La Discothèque du 20e siècle #220

En 1963, Billy Bridge nous apprenait à  danser un Madison.

Billy Bridge: le Grand M (1963)




Soutenu sur scène par les Mustangs, Billy Bridge n'a que 17 ans quand sort Surboum, son premier disque en mars 1962. On l'affuble bientôt de l'étiquette réductrice "Le prince du Madison", en référence à la danse dont il contribue à lancer la mode (plus passagère que celle du twist), et c'est un peu dommage. En effet en dehors du Grand M et de quelques autres titres "madisoniens", nous vous conseillons de découvrir des perles telles que Ne la fais pas souffrir ou Ne compte pas sur moi. A la fin des années 60, il connait un succès certain sous l'habile pseudonyme Black Swan grâce à la chanson Echoes and rainbows. Quelques jours avant la crise cardiaque qui lui fut fatal en 1994, il avait sorti un album intitulé Je m'invite en vous réunissant des titres anciens et d'autres plus récents, d'inspiration spirituelle. (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1963", Polygram Direct)

Bonne écoute!


lundi 5 juin 2017

Les Dieux du tango

4e de couverture: Février 1913. Leda a dix-sept ans. Elle quitte son petit village italien pour rejoindre en Argentine son cousin Dante, qu’elle vient d’épouser. Dans ses maigres bagages, le précieux violon de son père.
Mais à son arrivée, Dante est mort. Buenos Aires n’est pas un lieu pour une jeune femme seule, de surcroît veuve et sans ressources : elle doit rentrer en Italie. Pourtant, quelque chose la retient… Leda brûle d’envie de découvrir ce nouveau monde et la musique qui fait bouillonner les quartiers chauds de la ville, le tango, l’envoûte. Passionnée par ce violon interdit aux femmes, Leda décide de prendre son destin en main. Un soir, vêtue du costume de son mari, elle part, invisible, à travers la ville.
Elle s’immerge dans le monde de la nuit, le monde du tango. Elle s’engage tout entière dans un voyage qui la mènera au bout de sa condition de femme, de son art, de la passion sous toutes ses formes, de son histoire meurtrie. Un voyage au bout d’elle-même.
Quand ma libraire me parle, lors d'une de mes nombreuses visites à la librairie, d'un de ses derniers coups de coeur et que celui ci devrait beaucoup me plaire, je n'hésité pas une seconde, je le lis dès qu'il est en ma possession. 
Et là, c'est une claque monumentale qui m'est arrivée en pleine figure! Mon dieu, quel livre, mais quel livre! 
Dès les premières pages, j'ai été happé par l'histoire de Leda, cette jeune fille de 17 ans,qui arrive en Argentine pour rejoindre son mari et cousin Dante. Sauf qu'en débarquant, elle apprend que son mari est mort. Elle n'a plus alors qu'un seul choix: retourner en Italie...sauf que la musique, et le tango en particulier va l'emporter dans un tourbillon sensuel et envoûtant qui va changer son destin. 
Au delà de l'histoire qui vous capte dès les premières minutes, c'est la plume de l'auteure que je retiendrai avant tout (et très retranscrite dans notre langue par Eva Monteilhet, sa traductrice: il se dégage une telle poésie quand elle parle du tango  et une telle sensualité dans les scènes de sexe, qui ne sonnent jamais vulgaire. Non, elle sonne comme un tango, cette musique sensuelle et charnelle entre toute, qui vous enveloppe. Les descriptions sur le tango sont tellement belles, que j'en suis resté estomaqué et que j'en aurais presque eu les larmes aux yeux. 
Les Dieux du tango n'est pas seulement un roman sur cette musique qui a su évoluer et s'adapter pour traverser les pays et le siècle, c'est également un superbe roman sur la condition féminine dans cette ville argentine: les femmes n'avaient pas le droit de jouer de la musique et surtout pas du tango...alors Leda est devenu un homme (Dante) pour pouvoir vivre sa passion pour la musique. C'est également un roman sur le renoncement de soi et la découverte de "l'amour défendu", Leda/Dante couchant avec des femmes, tout en cachant sa vraie personnalité. Ces scènes là sur le désir féminin sont les plus belles que j'ai pu lire et m'ont fasciné par leur sensualité pudique. C'était très troublant. 
La force de ce roman, c'est que, même s'il se concentre sur le parcours hors norme de Leda devenu Dante, l'auteur nous raconte le passé de chaque personnage qu'il/elle croisera: celui de Fausta, la jeune femme qui partagera sa cabine sur le bateau, Arturo, l'ami de Dante qui vient la chercher et lui annonce la mort de son cousin et mari, Ernesto, le vieil aveugle qui lui apprend à jouer du tango, Santiago, le bandoneoniste qui l'engage dans son orchestre  et même Cora, la cousine de Leda, fantôme qui traverse le roman, pour nous  raconter ses secrets. ...chacun va se dévoiler à nous en quelques pages. Même si ce procédé, m'a un peu frustré au départ, surtout concernant Fausta, car j'aurai bien voulu savoir si elle allait retrouver son mari, j'ai trouvé ce procédé intéressant car il permet de comprendre la vie de ces personnes: c'est ainsi que  l'attachement va naître entre eux et les lecteurs que nous sommes. 
Leda est un personnage des plus fascinant et complexe, qui découvre, à travers son travestissement, des sentiments et un amour lesbien qu'elle n'aurait pas connu si elle n'était pas devenu un homme. C'est très troublant,
Carolina de Robertis aiment tous ses personnages et cela se ressent dans le fait qu'elle n'en laisse aucun sur le bord de la route: elle leur donne même une conclusion à la fin de la 2e partie du roman. 
Même si dans la dernière partie, les années sont survolées, je n'ai pas ressenti une frustration, bien au contraire, cela est fluide et compréhensible. Puis, vient la fin, qui m'a laissé le coeur battant et les larmes aux yeux. 
Au final, un roman vibrant comme une corde de violon, sensuel comme la voix d'une chanteuse de tango, triste comme le son d'un bandonéon, et qui m'a touché en plein coeur. Un beau roman, sur le  tango (sans oublier les femmes) , cette musique sensuelle et cette danse charnelle, à laquelle Carolina de Robertis, rend un vibrant hommage. 
Merci à ma libraire pour m'avoir conseillé ce livre...encore une fois, elle a su touché juste pour parler à mon petit coeur de lecteur. La petite musique des Dieux du tango vibrera en moi pour longtemps. 


Carolina de Robertis: Les dieux du tango, (The Gods of Tango), Le Cherche Midi, 545 pages, 2017

dimanche 4 juin 2017

Slow Qui Tue #324: How come how long

Le slow qui tue de la semaine se demande combien de temps on va laisser une fille gâcher sa vie pour un mauvais garçon.

Babyface (feat Stevie Wonder): How come how long



Bonne écoute!


vendredi 2 juin 2017

La Ferme des Miller

4e de couverture: Histoire d'amour, drames, secrets inavouables : à travers le destin d'une famille de Pennsylvanie, Anna Quindlen donne à lire tout un pan de l'histoire américaine de la seconde moitié du XXe siècle.
Petite fille précoce et curieuse, Mimi mène une enfance protégée dans la ferme familiale. Il y a là Bud, son père cultivateur et répare-tout ; Miriam, sa mère infirmière ; ses deux frères, le taiseux Eddie et le caïd séducteur Tommy ; ainsi que Ruth, sa tante, qui, pour une raison étrange, ne s'éloigne jamais de la maison. Un monde rassurant, fait d'éclats de rire et de joie, que Mimi pense immuable. Mais nous sommes en 1966 et ces jours heureux sont comptés...

La guerre du Vietnam qui laisse Tommy à jamais meurtri, la maladie qui frappe Bud, les drames passés de la tante Ruth... et cet impensable projet du gouvernement de transformer leur vallée en barrage. Ce monde que Mimi aime tant disparaîtrait englouti sous les eaux ? Qui désormais pour sauver la ferme et ses habitants ?
Alors qu'elle envisageait de quitter le village pour suivre des études de médecine et retrouver son amour d'enfance, Mimi va devoir faire un terrible choix. 

Le dernier roman d'Anna Quidlen est des plus classiques dans l'histoire traitée, il est vrai (j'ai déjà lu ce genre d'histoire plus d'une fois) mais elle la traite de manière agréable, ce qui fait que l'on ne s'ennuie pas une seule minute. 

Ce qui ressort du livre, c'est un beau portrait de femme: celui de Mimi, la narratrice, qui, devenue une femme d'un certain âge, revient sur sa vie à Miller's Valley avant que cet endroit  disparaisse sous les eaux. (dès les premières pages, j'ai senti que la narratrice n'avait pas l'âge de la petite fille du roman (j'avais plutôt comme un livre de souvenirs entre les mains...cela m'a d'ailleurs été confirmé quand la narratrice nous raconte, en quelques phrases, au détour d'un paragraphe, ce que certains personnages sont devenus par la suite). 
Mimi, donc, est une petite fille intelligente, qui vit avec sa famille, dans une ferme. Nous sommes dans les années 60 et le gouvernement fait tout pour acheter les maisons de Miller's Valley, pour en faire un parc de loisirs avec un lac artificiel (Miller's Valley connait  de nombreuses inondations): certains habitants vont alors se rebeller pour rester vivre à Miller's Valley jusqu'au bout. 

Dès les premières pages, le lecteur sait que l'histoire parle d'un lieu révolu, qui n'existe plus et qui a été englouti par les eaux... et cette réminiscence fait ouvrir la boite à souvenirs et on ne peut s'empêcher nous lecteur, de ressentir de la nostalgie pour cette nature perdue. 

L'auteure déroule alors le fil de la vie des personnages, avec son lot de surprises, de drames et de joies: la guerre du Vietnam est évoqué à travers Tommy, le frère de Mimi, qui en reviendra changé, mais aussi l'émancipation des femmes avec la mère de Mimi, infirmière, et surtout Mimi, qui prendra son destin en main, et échapper au destin qui attendent beaucoup de femmes comme son amie LaRhonda: être mariée à un homme qu'elle n'aime pas avec une ribambelle d'enfants. 

Le seul petit bémol que je pourrais trouver à ce roman est le survol des personnages secondaires: l'auteure ne donne vraiment d'importance qu'à Mimi, son personnage principal, et les autres personnages ne sont là que pour l'accompagner...même si j'ai connu le destin des autres personnages comme Tommy, les parents de Mimi,Ruth, sa tante (personnage excentrique qui ne sort pas de chez elle, à croire qu'elle cache quelque chose), LaRhonda, Steven...leur développement est minimaliste et, seule, l'évolution de Mimi nous est montré. 
Ce qui ne m'a pas empêché de passer d'agréables moments et d'avoir des surprises, jusque dans l'épilogue qui revient justement sur l'avenir de chaque personnage, pour ainsi boucler la boucle de cet endroit qui va sombrer dans les eaux. 

Au final, un roman de facture classique mais qui nous fait passer de bons moments, avec un beau portrait de jeune fille forte et indépendante, dans les années 60-70, dans une petite ferme de Pennsylvanie. Un roman qui fait vibrer la corde nostalgique du lecteur, en nous parlant d'un endroit qui n'existe déjà plus...puisque l'eau à tout emporté. 

Merci aux Editions Belfond pour cette plongée dans l'Amérique des années 60-70.

Anna Quindlen: La ferme des Miller (Miller's Valley), Belfond, 316 pages, 2017


mercredi 31 mai 2017

La Discothèque du 20e siècle #219

En 1950, les Compagnons de la chanson inscrivent à leur répertoire une chanson écrite par Maurice Druon (l'auteur des "Rois Maudits") et Léo Pol, le père d'un futur grand artiste de la chanson française, un certain Michel Polnareff.

Les Compagnons de la chanson: le Galérien (1950)




Pendant près de quatre décennies, ce groupe vocal aura enchanté les amateurs de chansons toutes simples, d'humeur bon enfant et de jolies harmonies. Formés à la Libération, ils sont propulsés vers le succès par Edith Piaf, avec qui ils créent en 1946 le tube Les trois cloches. Malgré les modes changeantes, imperturbables, ils rempilent en 1950 avec Le galérien, suivi d'innombrables succès à la fin des années 50. pour leurs adieux, en 1983, ils remplissent l'Olympia, 5 semaines durant! (Source: Fascicule "La Discothèque du 20e siècle: 1950-54", Polygram Direct)

Bonne écoute! 




lundi 29 mai 2017

Electre 21

4e de couverture: A l’orée des années 2020, Gratien Malo règne en maître et en visionnaire sur GlobalTrotter, l’une des premières sociétés mondiales de services et de technologies numériques, de celles qui façonnent le monde, pulvérisent les records boursiers, s’immiscent dans les affaires publiques et se lancent dans les projets les plus innovants, des drones taxis aux puces cérébrales…
Mais sa femme Amélie-Solène et l’homme avec qui elle le trompe ambitionnent de prendre le contrôle de son empire et complotent pour le faire disparaître.
Le mythe d’Electre, revisité à l’ère numérique: une histoire éternelle sur la haine, la vengeance et leur violence, placée ici dans l’univers des sociétés mondialisées de technologie. Une écriture rapide, flamboyante et féroce avec en toile de fond un monde confronté aux défis d’un changement de civilisation.

Pour son 2e roman (après le fabuleux Soif de musique ), Romel change radicalement d'univers avec une réécriture moderne du mythe d'Electre. 
J'avoue, il m'a fallu du temps pour sortir ce roman de ma PAL. Je me suis posé la question de d'abord lire l'original d'Electre (celui de Sophocle), avant celui ci ou s'il pouvait se lire sans en savoir plus (je connaissais dans les grandes lignes Electre, mais ne m'était jamais penché sur cette légende). 
Après lecture, je peux dire qu'il peut se lire sans avoir lu l'origine d'Electre. 

Je dois dire que Romel réussit le tour de force de changer de genre, dès son 2e roman, quitte à déstabiliser les lecteurs qui avaient apprécié son précédent livre, sur ce prodige de musique classique. Et il réussit haut la main, avec un style très reconnaissable (tout comme pour la musique classique qui était très référencé dans son premier livre, l'univers numérique est très bien retranscrit et analysé dans ce roman; (même si ce n'est pas ce qui m'a le plus passionné, je dois dire que l'auteur sait de quoi il parle..;et il a une vision plutôt juste de ce qu'est l'univers numérique et les réseaux sociaux et ce vers quoi il tend, et cela fait un peu peur). 

Je dois dire qu'il m'a fallu un petit temps pour entrer dans le roman: Gratien était un personnage un peu trop barré par moment pour accrocher (comme le fait qu'il ait des conversations imaginaires avec de Gaulle ou Delacroix, par exemple. En fait, le livre prend de l'intérêt pour moi au moment de la rencontre entre Virgil (espion de Gratien et proche de la famille) et Alva (la chercheuse en art, atteint du syndrome d'Asperger), tous deux partant à la recherche d'un tableau de Picasso. J'ai trouvé le personnage d'Alva hyper touchant et attachant. J'ai aimé tous les passages où elle apparaît. 

En fait, le roman est construit en deux temps: un temps d'exposition des personnages, et de la recherche de ce tableau et un deuxième temps où l'intrigue de la vengeance se met en place et où le rythme devient haletant et qu'on ne peut plus lâcher le roman une seule seconde avant la fin...et on se rend compte, au final, que ce petit livre était hyper plaisant à lire. Avec des personnages déplaisant à souhait et qu'on aime détester (Amélie-Solène, Sigismond Juphrénal) ou qu'on aime  adorer comme Ludovine et Alva, citée plus haut. 

Romel choisit donc de remettre au goût du jour le mythe d'Electre pour parler de notre monde numérisé à souhait et où l'Internet prend le contrôle progressif du monde, mais pour mieux le contrebalancer en parlant d'art (avec le Picasso). C'est un peu comme si Romel tirait la sonnette d'alarme sur ce monde numérique qui produit des choses géniale (pour la santé, la recherche et bien d'autres choses), mais qui nous vampirise progressivement. C'est une belle critique de notre société moderne qui donne à réfléchir. 

Au final, un 2e roman très différent mais aussi réussit que le premier dans son genre, qui revisite avec brio le mythe d'Electre,pour parler de notre monde moderne,ce qui démontre bien encore une fois que les mythes anciens sont toujours autant d'actualité, surtout quand il parle de vengeance et de violence. Ces thèmes seront malheureusement éternels.
Un livre a découvrir et une plume (celle de Romel) qu'il faut continuer de suivre. 

Merci aux Daphnis & Chloé qui ne me déçoivent jamais. 

Romel: Electre 21, Daphnis & Chloé, 261 pages, 2017